Résumé exécutif
Le 27 mai 2026, plusieurs médias de référence — Le Figaro, Le Monde, France 24, Reuters et le Wall Street Journal — révélaient que Centerview Partners, dirigé à Paris par Matthieu Pigasse, avait été choisi par l’administration intérimaire de Delcy Rodríguez pour piloter la restructuration de la dette vénézuélienne, désormais estimée entre 150 et 240 milliards de dollars (dette souveraine et PDVSA combinées). Pigasse a confirmé publiquement ses liens anciens avec le régime : « J’ai commencé à y travailler au début des années 2010 avec Hugo Chavez puis avec Nicolas Maduro. Je connais et travaille avec l’actuelle présidente Delcy Rodriguez depuis quinze ans » (France 24, 28 mai 2026 ; Reuters ; Le Figaro).
Ce mandat a été attribué sans appel d’offres formel ni processus compétitif transparent, selon huit sources proches du dossier. Lazard avait proposé d’exécuter la même mission pour 25 millions de dollars — soit une décote d’environ 83 % par rapport aux conditions estimées de Centerview. Une voix anonyme a résumé la problématique à Le Monde : « Le contrat décroché par Centerview est bizarre. Il n’y a eu aucune mise en concurrence. C’est la première fois qu’une puissance étrangère, les États-Unis, sélectionne la banque conseil d’un autre pays. S’il est un endroit où la transparence s’impose, c’est bien le Venezuela. »
Pour comprendre pourquoi la présence de Pigasse pose un problème structurel — qui dépasse sa compétence technique incontestable (Grèce 2012, Argentine, Congo) —, il faut documenter empiriquement ce qu’a été PDVSA pendant ces quinze années : non pas seulement une compagnie pétrolière mal gérée, mais le véhicule principal d’un système intégré de détournement et de blanchiment, documenté par des actes judiciaires américains primaires, des agences fédérales (FinCEN, OFAC, DOJ), des organisations anti-corruption vénézuéliennes et des consortiums d’investigation international.
Ce système n’était pas isolé. Il reposait sur un réseau d’acteurs étatiques étrangers complices : Russie (Gazprombank dans l’affaire Ortega + Evrofinance Mosnarbank + ventes d’armes massives), Brésil (financement BNDES du métro de Caracas via Odebrecht avec pots-de-vin massifs documentés), Chine (prêts opaques adossés au pétrole via le China-Venezuela Joint Fund — CVJF — pour plus de 50 milliards de dollars), France (Perenco/Company A dans l’affaire Ortega), Iran (swaps or-pétrole via Hezbollah, drones via Saman Air/Conviasa, sanctions OFAC avril 2026). Ces continuités de réseaux font partie du vrai passif du Venezuela, bien au-delà de la dette souveraine visible.
La dette officielle de 150-240 milliards de dollars n’est que la partie émergée : les détournements documentés via PDVSA représentent au moins 83 milliards supplémentaires (28B Petrocaribe + 42B patrimoine compromis + 10B réseaux Nicaragua/Salvador + 2B BPA + 1,2B Ortega). S’y ajoutent les ~3,9 milliards d’actifs offshore des élites du régime identifiés dans 21 pays (Transparencia Venezuela en exil, 2025-2026 — chiffre conservateur), les passifs environnementaux et sociaux colossaux de l’or illégal du Bouclier guyanais, les créances douteuses issues de contrats étrangers corrompus et le coût humain de l’exode de près de 8 millions de Vénézuéliens.
Une restructuration souveraine et crédible exige trois conditions non négociables : traçabilité rigoureuse des flux passés, coopération internationale structurée sur le démantèlement des réseaux hybrides (incluant la France pour la Guyane française, directement impactée), et reconnaissance explicite que la dette visible n’est qu’une fraction d’un système beaucoup plus vaste de prédation.
1. Le mandat Pigasse : contexte, modalités et questions de transparence
1.1 Chronologie et déclarations publiques
En mi-mai 2026, le Venezuela a formellement désigné Centerview Partners comme conseiller financier pour piloter la restructuration de sa dette souveraine et de PDVSA, en défaut de paiement depuis 2017. La nomination a été rendue publique le 26-27 mai 2026 suite aux révélations du Wall Street Journal et aux confirmations indépendantes du Monde et de Reuters.
L’équipe Centerview est dirigée par Matthieu Pigasse, 58 ans, patron du bureau parisien de la firme, accompagné de Charles Albinet et Hamouda Chekir — anciens cadres du pôle dette souveraine de Lazard qui ont conseillé de nombreux États (Grèce, Argentine, Congo) et rejoint Centerview Paris aux côtés de Pigasse (France 24, 28 mai 2026 ; Bloomberg Law, janvier 2024).
La déclaration publique de Pigasse est sans ambiguïté : il affirme avoir « commencé à travailler » avec le Venezuela « au début des années 2010 », d’abord sous Chávez puis sous Maduro, et connaître Delcy Rodríguez depuis « quinze ans ». Ces quinze années correspondent précisément à la période pendant laquelle le régime criminalisait systématiquement ses institutions — et notamment PDVSA.
Il importe de souligner que l’expérience grecque souvent citée en faveur de Pigasse concerne la restructuration PSI de 2012 — soit la plus grande de l’histoire à cette époque (~206 milliards € de dette du secteur privé, dans le contexte de la crise de la zone euro qui a suivi la révélation des manipulations comptables grecques et des swaps Goldman Sachs en 2009-2010. Il s’agit d’une expérience de restructuration de dette classique, dans un contexte institutionnel radicalement différent du Venezuela.
1.2 Absence de processus compétitif
Le mandat a été attribué sans appel d’offres formel. Selon huit sources proches du dossier interrogées par France 24 et Reuters (France 24, 28 mai 2026), des acteurs majeurs comme Lazard, Rothschild et Alvarez & Marsal n’ont pas été approchés de manière transparente.
Thomas Lambert (Lazard) et Pigasse (Centerview) se sont croisés au Cayena Hotel de Caracas en février 2026, tous deux déposant leurs offres. Lazard a proposé d’exécuter la mission pour un forfait de 25 millions de dollars — contre des conditions Centerview estimées à un retainer mensuel de 750 000 dollars et un success fee de 0,1 % de la dette restructurée, soit potentiellement plus de 150 millions au total (Wall Street Oasis, mai 2026). L’écart représente ~83 % en faveur de Lazard. Caracas a rejeté cette offre en invoquant « l’expérience unique » de l’équipe Pigasse.
Un concurrent anonyme a formulé la critique la plus directe à Le Monde (repris par Wall Street Oasis) : « C’est la première fois qu’une puissance étrangère, les États-Unis, sélectionne la banque conseil d’un autre pays, le Venezuela. Le FMI n’est même pas impliqué. »
1.3 Le rôle de Claver-Carone
Mauricio Claver-Carone, brièvement nommé envoyé spécial pour l’Amérique latine sous l’administration Trump (environ quatre mois au second mandat), a depuis quitté ses fonctions officielles. Il exerce désormais comme managing partner du LARA Fund (Latin America Real Assets Opportunity Fund), fonds de private equity focalisé sur l’énergie et les infrastructures en Amérique latine, en partenariat avec Jessica Bedoya — ancienne cadre de la CIA et du Conseil de sécurité nationale (OilPrice.com, juin 2026 ; Washington Post, cité dans Grand Pinnacle Tribune, mai 2026).
Selon sept sources proches du dossier (France 24, 28 mai 2026 ; Wall Street Journal), Claver-Carone a personnellement recommandé Centerview à Delcy Rodríguez, en ayant au préalable consulté le Département d’État et le Trésor américain. Il a déclaré à Reuters n’avoir aucun intérêt financier dans le Venezuela ou chez Centerview. Le Washington Post l’a décrit comme le « vice-roi américain non officiel du Venezuela », relayant des messages entre Caracas et Washington. OilPrice.com (juin 2026) conclut : « Que Claver-Carone ait utilisé son influence non officielle pour placer un opérateur aussi controversé que Pigasse au cœur de ce processus est un sérieux déficit de contrôle par des responsables de l’administration. »
2. PDVSA comme véhicule principal de blanchiment systématique : documentation empirique
L’Atlantic Council (rapport Douglas Farah, août 2020) formule le cadre analytique de référence :
« Using PDVSA as the primary laundering vehicle, Chávez (and later Maduro) moved money through PDVSA coffers using programs like ‘oil exchanges,’ fictitious massive infrastructure projects, front companies, and sophisticated offshore financial structures to not only siphon off money from the oil company, but also to launder billions of dollars in illicit proceeds from the sales of cocaine, gold, and other commodities. »
Ce système reposait sur trois mécanismes principaux.
Mécanisme A — Échanges fictifs et barter schemes (dont Petrocaribe) : 28 + 10 milliards documentés
En 2006, le ministre de l’Énergie Rafael Ramírez avait posé le cadre idéologique dans un discours interne devenu public : « PDVSA est rouge, rouge de la tête aux pieds. […] Ceux qui ne sont pas avec cette révolution, qu’ils aillent à Miami. » Le nombre d’employés de PDVSA a triplé depuis 2003 pour atteindre plus de 121 000, recrutés sur critère de loyauté politique plutôt que de compétence (Financial Times, cité par Wikipedia Corruption in Venezuela).
Le programme Petrocaribe, lancé en 2005, prévoyait la livraison de pétrole à crédit à long terme à 14 pays des Caraïbes et d’Amérique centrale. L’enquête du consortium CONNECTAS (#Petrofraude, 2019) — fondée sur des centaines de documents primaires et des missions de terrain dans six pays — a estimé à plus de 28 milliards de dollars les sommes siphonnées via ce programme (confirmé par l’Atlantic Council, 2020, citant #Petrofraude directement).
Les mécanismes de détournement documentés cas par cas : biens surfacturés (sucre brut de République dominicaine à 1 250 dollars/tonne contre 1 150 sur le marché, soit +100 dollars/tonne ; lait via El Salvador surfacturé de 2,6 millions de dollars selon l’audit interne PDVSA de 2017 obtenu par CONNECTAS), projets fictifs (40 ministres et directeurs généraux impliqués au Haiti selon le Sénat haïtien), et versements de fonds à des comptes offshore de sociétés aux bénéficiaires inconnus.
Des flux supplémentaires d’au moins 10 milliards de dollars ont été tracés par IBI Consultants à travers les réseaux de PDVSA au Nicaragua (Albanisa) et au Salvador (Alba Petróleos) entre 2007 et 2018 (Atlantic Council, 2020, citant Douglas Farah, Beyond Convergence, National Defense University Press, 2016).
Le sénateur américain Dick Durbin a évoqué le projet #Petrofraude depuis le plancher du Sénat américain en janvier 2019, le qualifiant d’« effort médiatique vénézuélien collaboratif et courageux » (International Journalists’ Network, septembre 2019).
Mécanisme B — Projets d’infrastructure surfacturés et fictifs : 42 milliards compromis
Transparencia Venezuela (chapitre vénézuélien de Transparency International) a documenté la compromission de plus de 42 milliards de dollars de patrimoine public au sein de PDVSA et de ses filiales, à travers de multiples cas de corruption ou gestion irrégulière (Transparency International Venezuelan chapter, cité par OCCRP, « Behind Closed Doors », janvier 2026).
La directrice exécutive, Mercedes De Freitas, déclare sans détour : « PDVSA a longtemps été la mère de la corruption dans ce pays. À ce jour, la corruption liée au pétrole a coûté au pays des dizaines de milliards de dollars, avec très peu de chances de les récupérer » (France 24, « Oil: Mother of corruption in Venezuela », avril 2024). Depuis 2004, 164 enquêtes criminelles ont été ouvertes dans 29 pays portant sur des actes de corruption ou criminalité organisée impliquant des hauts fonctionnaires vénézuéliens, dont beaucoup liés à PDVSA (Transparencia Venezuela).
Le mécanisme d’exploitation du taux de change illustre la mécanique systématique : en 2014, une société-écran vénézuélienne a prêté à PDVSA 7,2 milliards de bolivars — équivalant à environ 42 millions de dollars au taux de marché noir. PDVSA a remboursé ce « prêt » au taux officiel surévalué du gouvernement, remettant l’équivalent de 600 millions de dollars — un profit illégal de plus de 550 millions sur une seule opération (OCCRP, « Behind Closed Doors », janvier 2026).
Mécanisme C — Structures offshore et sociétés-écrans
Banca Privada d’Andorra (BPA). Le 10 mars 2015, FinCEN désignait BPA comme « institution financière étrangère de préoccupation principale en matière de blanchiment » en vertu de la section 311 du USA PATRIOT Act. La désignation est explicite : un cadre de BPA avait « développé des sociétés-écrans et des produits financiers complexes pour siphonner des fonds de PDVSA. BPA a traité environ 2 milliards de dollars de transactions liées à ce schéma » (FinCEN.gov, 10 mars 2015 ; Federal Register, 13 mars 2015). En septembre 2018, un juge andorran a mis en examen 28 personnes — dont 14 Vénézuéliens incluant d’ex-vice-ministres — pour ce schéma (AP / KSL.com, septembre 2018).
L’affaire Abraham Edgardo Ortega (DOJ, 2018). Le 31 octobre 2018, le DOJ annonçait le plaidoyer de culpabilité d’Abraham Edgardo Ortega, ex-directeur exécutif de la planification financière de PDVSA, pour un complot de blanchiment lié à un détournement de 1,2 milliard de dollars de PDVSA (DOJ, communiqué officiel, 31 octobre 2018 ; Bloomberg, 31 octobre 2018). Ortega a admis avoir accepté 5 millions de dollars de pots-de-vin (dont ~3 millions liés à la société française Perenco — voir infra — et ~2 millions à Gazprombank) pour accorder un « priority loan status » à ces partenaires minoritaires des JV PDVSA, ainsi que 12 millions de dollars supplémentaires dans le cadre du schéma principal. Le mémorandum de condamnation du DOJ (mai 2021) identifie formellement la participation de Rafael Ramírez — architecte de la pétrodiplomatie chaviste, PDG de PDVSA 2004-2013 — dans ces schémas (infodio.com, mai 2021 ; FCPA Stanford).
3. Réseaux hybrides, complicités transnationales et système de patronage militaire
Ce système de prédation ne fonctionnait pas en vase clos. Il s’articulait avec un écosystème international de complicités — étatiques, financières et criminelles.
3.1 Le Cartel de los Soles : un système de patronage institutionnalisé, non un cartel structuré
Le superseding indictment S4 11 Cr. 205 du Department of Justice (janvier 2026), publié après la capture de Maduro, apporte une précision analytique fondamentale :
« NICOLAS MADURO MOROS the defendant — like former President Chavez before him — participates in, perpetuates and protects a culture of corruption in which powerful Venezuelan elites enrich themselves through drug trafficking and the protection of their partner drug traffickers. The profits of that illegal activity flow to corrupt rank-and-file civilian, military and intelligence officials, who operate in a patronage system run by those at the top — referred to as the Cartel de Los Soles or Cartel of the Suns. »
Le DOJ abandonne explicitement la qualification de cartel hiérarchique dirigé par Maduro, présente dans l’acte d’accusation de 2020, au profit de deux concepts : une « culture de corruption » institutionnalisée et un « système de patronage » au sein de l’appareil d’État militaire et de renseignement. InSight Crime (profil mis à jour mai 2026) confirme : il s’agit d’un « loose network of cells within the army, navy, air force, and Bolivarian National Guard (GNB) » dont « it is not clear how these cells relate to one another. »

Mécanisme opérationnel. Le haut commandement (généraux GNB, état-major) contrôle les infrastructures critiques : aéroports (Maiquetía), ports, frontières, pistes clandestines, hangars présidentiels, systèmes radar de défense aérienne. En échange de protection institutionnelle (escortes armées, passeports diplomatiques, autorisation de vols de cocaïne, manipulation des radars pour créer des « corridors »), ils perçoivent une part substantielle des profits du trafic. Ces profits « redescendent » pour acheter la loyauté des niveaux inférieurs — c’est le cœur du mécanisme de patronage.
Partenaires criminels identifiés dans le superseding indictment 2026 : FARC dissidents/Segunda Marquetalia, ELN, Tren de Aragua (Héctor Rusthenford Guerrero Flores alias « Niño Guerrero »). Liens avec les réseaux de blanchiment du Hezbollah (via clans libano-vénézuéliens) confirmés par l’Atlantic Council et les sanctions OFAC d’avril 2026.
Ce système a permis aux élites politico-militaires de maintenir le pouvoir malgré l’effondrement économique — et précisément pendant les quinze années où Matthieu Pigasse affirme avoir conseillé Caracas.
3.2 Derwick Associates et les « bolichicos » : intermédiaires du système de patronage
Derwick Associates, co-fondée par Leopoldo Alejandro Betancourt López et Pedro Trebbau López, avec Francisco Antonio Convit Guruceaga comme partenaire directeur, incarne le modèle des entreprises « bolichicos » qui ont capturé des contrats publics massifs sous Chávez.
Entre 2009 et 2010, lors de la crise électrique, Derwick a obtenu de multiples contrats directs (sans mise en concurrence) de Corpoelec et via Bariven (bras d’approvisionnement de PDVSA) pour fournir et installer des turbines et centrales thermoélectriques. Valeur totale estimée entre 1,8 et plus de 5 milliards de dollars. Selon Transparencia Venezuela (rapport secteur électrique), l’entreprise a surfacturé le gouvernement d’environ 2,9 milliards de dollars : les équipements étaient souvent achetés à des sociétés américaines (notamment ProEnergy) à des prix environ deux fois supérieurs au marché, puis revendus avec des marges énormes.
Dans l’affaire Ortega (DOJ, 31 octobre 2018), Ortega a explicitement confessé que les paiements de pots-de-vin provenaient de Francisco Antonio Convit Guruceaga, partenaire chez Derwick Associates. Convit est le défendeur principal dans l’indictment du DOJ (SDFL, 2018) pour le complot de blanchiment de 1,2 milliard de dollars. Betancourt a été cité dans les enquêtes (Miami Herald, OCCRP) comme co-conspirateur non nommé (« Conspirator 2 »). Les profits ont été canalisés via des structures offshore complexes (Barbados — Derwick Oil & Gas Corp. —, Luxembourg, Panama, Suisse — enquêtes OpenLux, 2021).
Par ailleurs, Derwick Oil & Gas Corp. (Barbados) a formé une joint-venture avec Gazprombank Latin America Ventures pour l’exploitation de champs pétroliers (Petrozamora), autorisée sous Rafael Ramírez — créant ainsi une connexion directe entre les intermédiaires bolichicos, Gazprombank et les schémas de corruption de PDVSA.
Sources : US DOJ (plaidoyer Ortega et indictment Convit, 2018) ; Transparencia Venezuela (rapport secteur électrique, 2018 ; Prácticas de gobernanza, 2022) ; OCCRP/OpenLux (2021) ; Miami Herald (novembre 2019) ; WSJ (août 2014).
3.3 Perenco (« Company A ») et la dimension française du système de corruption
Les documents judiciaires du DOJ dans l’affaire Ortega identifient une société française comme « Company A » — l’une des deux entités ayant versé des pots-de-vin à Ortega pour obtenir un traitement préférentiel. Il s’agit de Perenco, compagnie pétrolière franco-britannique opérant au Venezuela via la joint-venture Petrowarao (60 % PDVSA / 40 % Perenco), qui exploite les champs de Pedernales et Ambrosio (Reuters, 1er-2 novembre 2018 ; infodio.com).
Sur les 5 millions de dollars totaux de pots-de-vin admis par Ortega, environ 3 millions étaient liés à Perenco. En échange, Perenco bénéficiait du « priority loan status » : ses dividendes en retard étaient récupérés en priorité sur les décaissements de prêts, même lorsque les projets étaient sous-exécutés (moins de 20 % des montants prévus dans de nombreux cas). En 2014, Perenco avait accepté de prêter jusqu’à 420 millions de dollars à Petrowarao (discussions jusqu’à 600 millions) pour quintupler la production du champ. Perenco n’a pas fait l’objet de poursuites dans cette affaire (Transparencia Venezuela, Prácticas de gobernanza, 2022).
Ce fait renforce la dimension de continuité des réseaux : un banquier français (Matthieu Pigasse) se voit confier la restructuration de la dette d’un système dans lequel des intérêts privés français (Perenco) ont eux-mêmes été parties prenantes des schémas de prédation documentés par la justice américaine.
Sources : US DOJ (plaidoyer Ortega, 31 octobre 2018 + factual proffer) ; Reuters (1er-2 novembre 2018) ; Transparencia Venezuela, Prácticas de gobernanza (2022).
3.4 La Russie via Gazprombank et Evrofinance : acteur étatique étranger intégré à la prédation

Dans l’affaire Ortega, les documents DOJ identifient Gazprombank comme « Company B ». Sur les 5 millions de dollars de pots-de-vin totaux, environ 2 millions étaient liés à Gazprombank, actionnaire minoritaire via ses intérêts dans Petrozamora (JV avec PDVSA). Ces pots-de-vin permettaient à Gazprombank de récupérer en priorité ses dividendes en retard, sécurisant ses profits malgré l’effondrement opérationnel de PDVSA (DOJ, 31 octobre 2018 ; infodio.com). Gazprombank a publiquement nié toute implication (Reuters, 2 novembre 2018) — mais les documents judiciaires et les recoupements journalistiques convergent sur son rôle de bénéficiaire direct du schéma.
Evrofinance Mosnarbank. Le 11 mars 2019, l’OFAC a désigné Evrofinance Mosnarbank comme SDN en vertu de l’Executive Order 13850, pour avoir « matériellement assisté » PDVSA — qualifiée de « véhicule de corruption, de détournement et de blanchiment d’argent au profit de Maduro » (U.S. Treasury, communiqué officiel, 11 mars 2019). Cette banque russo-vénézuélienne avait été initialement détenue à 25 % par Gazprombank et à 25 % par VTB Bank (banques déjà soumises aux sanctions sectorielles américaines Directive 1 de l’EO 13662). Ses actifs nets ont crû de plus de 50 % en 2018 — précisément pendant que les États-Unis intensifiaient les sanctions contre le régime. Evrofinance a notamment financé le Petro, la cryptomonnaie vénézuélienne créée pour contourner les sanctions (ciblée par l’EO 13827). Elle a fonctionné comme une « bouée de sauvetage économique » pour le régime.
Soutien militaire et stratégique russe. Au-delà de la dimension financière, la Russie a été un partenaire stratégique majeur avec des ventes d’armes estimées à 10-20 milliards de dollars (contrats historiques) : 24 chasseurs Su-30MK2 (~1,6 milliard USD, 2006), systèmes S-300VM (2013), Buk-M2, Pantsir, chars T-72, hélicoptères, lance-roquettes Smerch. Une usine de Kalachnikovs a été ouverte à Maracay avec Rostec. Des conseillers militaires russes ont été déployés et des contractors Wagner ont été rapportés en 2019 (CNA Report, 2019 ; United24/ISW). La Russie a apporté un soutien diplomatique constant au Conseil de sécurité de l’ONU.
Ce partenariat militaro-financier intégré (Gazprombank + Evrofinance + ventes d’armes + soutien diplomatique) constitue l’une des colonnes vertébrales de la survie du régime malgré l’effondrement économique et les sanctions — précisément pendant la période où Pigasse conseillait Caracas.
Sources : DOJ (Ortega, 31 oct. 2018) ; OFAC (11 mars 2019 — Evrofinance ; infodio.com) ; CNA Report (2019) ; U.S. Treasury communiqué officiel.
3.5 Le Brésil via BNDES/Odebrecht : complicité d’État dans la prédation

Le BNDES (Banco Nacional de Desenvolvimento Econômico e Social) a décaissé environ R$ 2,279 milliards (environ 690-747 millions de dollars selon les taux de l’époque) pour les extensions du métro de Caracas (Ligne 5 et Los Teques) confiées à Odebrecht, dans le cadre d’un accord politique direct entre Lula et Chávez au milieu des années 2000 (UOL, 27 mars 2018). Ces prêts, garantis en partie par le Trésor brésilien via le Fonds de garantie à l’exportation (FGE), représentaient la quasi-totalité des financements approuvés.
Les travaux ont connu des retards massifs et des surcoûts colossaux : la Ligne 5, prévue pour 2010-2011 avec 10 stations, n’a vu qu’une fraction opérationnelle (avancement de 10 à 62 % maximum selon les estimations, beaucoup de lots abandonnés). Les surcoûts ont atteint jusqu’à +1 200 % sur certains lots selon les analyses disponibles.
Le TCU brésilien (Tribunal de Contas da União) a documenté des irrégularités structurelles dans ces opérations : le Venezuela et Odebrecht ont reçu plus de fonds que nécessaire pour l’exécution des travaux, sans garanties suffisantes pour couvrir le risque de défaut (rapport TCU 2015, révélé par la revue ÉPOCA). La décision de financement, négociée au niveau politique Lula-Chávez, a primé sur l’analyse des risques. Le contribuable brésilien porte une partie du risque via les garanties d’État.
Les leaks internes d’Odebrecht (système Drousys, révélés par l’ICIJ et le Miami Herald en 2019) documentent plus de 34 millions de dollars de pots-de-vin secrets en 2014 pour la seule Ligne 5. Au total, Odebrecht a versé au moins 98 millions de dollars de pots-de-vin au Venezuela selon le DOJ américain — le pays ayant reçu le plus de corruption de la part de l’entreprise dans la région (ICIJ/Miami Herald, juin 2019).
Ce cas illustre comment le régime chaviste a instrumentalisé des financements d’État étrangers (brésilien, sous Lula) pour des projets de prestige devenus des véhicules de corruption et de surfacturation — exactement comme les mécanismes internes de PDVSA.
Sources : TCU Brésil / ÉPOCA (avril 2015) ; UOL (27 mars 2018) ; ICIJ/Miami Herald (juin 2019, leaks Drousys) ; VOA (2017) ; OCCRP.
3.6 La Chine via le China-Venezuela Joint Fund : prêts opaques adossés au pétrole (50+ milliards)
Selon AidData (China’s Global Loans and Grants Dataset, mises à jour 2026, couvrant 2000-2023), la Chine a accordé 106 engagements de prêts au Venezuela pour un total de 105,59 milliards de dollars, dont la très grande majorité (~95 milliards) structurée avec remboursement adossé au pétrole.
Entre 2007 et 2015, l’essentiel a transité via le China-Venezuela Joint Fund (CVJF / FCCV) et le Large Volume Long Term Fund (FGVLP / LVLTF), pour un total transféré d’environ 50,24 milliards de dollars (Transparencia Venezuela, The China Deals, octobre 2020) :
- Tranche A / Heavy Fund I (2007-2008) : 4 milliards USD, maturité 3 ans, LIBOR + 2,5 %, entièrement décaissé et remboursé d’ici novembre 2010.
- Tranche B / Heavy Fund II (février 2009) : 4 milliards USD supplémentaires, même structure, remboursés d’ici février 2012.
- Large Volume Long Term Financing Agreement — LVLTF (août 2010) : 20 milliards USD (10 milliards USD + 70 milliards RMB), maturité 10 ans, taux plus élevés.
- Rollovers et tranches additionnelles (2011, 2013, 2015) : dont 5 milliards USD via la Second Tranche B Rollover Facility en 2015.
Mécanisme contractuel commun (documenté par AidData et filings SEC) : CDB verse les fonds à BANDES. PDVSA vend du pétrole à ChinaOil/CNPC. Les recettes sont déposées dans un compte escrow contrôlé par la CDB à Beijing. L’obligation de remboursement est absolue et indépendante des livraisons de pétrole. La CDB peut bloquer les retraits et se servir directement dans le compte.
Transparencia Venezuela (The China Deals, 2020) a documenté que ces mécanismes ont permis : le contournement des contrôles budgétaires et parlementaires (seul un prêt figure dans la loi annuelle de la dette) ; la cession d’actifs pétroliers sans approbation de l’Assemblée nationale (ex. parts de Sinovensa à CNPC) ; le financement de projets sans mise en concurrence, exclusivement attribués à des entreprises chinoises via la Commission mixte de haut niveau — avec des retards, surcoûts et inachèvements fréquents. En 2026, le stock résiduel de dette chinoise est estimé entre 10 et 15 milliards de dollars (certaines sources jusqu’à 19 milliards).
Sources : AidData (2026) ; Transparencia Venezuela, The China Deals (octobre 2020) ; Gaceta Oficial vénézuélienne (publications des framework agreements) ; analyses USCC (2026) ; Atlantic Council et analyses RAND (2026).
3.7 Le schéma or-pétrole Iran-Venezuela-Hezbollah : documentation OFAC avril 2026
Le 15 avril 2026, dans le cadre de sa campagne « Economic Fury », l’OFAC a désigné le ressortissant iranien et financier du Hezbollah Seyed Naiemaei Badroddin Moosavi et trois sociétés associées (ACS Trading LLC, A.C.S. Global BV, Lotus Universal LLC), pour avoir organisé « le trafic de pétrole iranien vers le gouvernement de l’ancien président vénézuélien Nicolás Maduro en échange d’or, dont une partie acquise en dessous de la valeur de marché. L’or était ensuite transporté sur la compagnie aérienne désignée Mahan Air vers des membres du Hezbollah à Téhéran, […] puis introduit en contrebande vers la Turquie où il était vendu sur le marché noir. Les produits étaient ensuite renvoyés en Iran pour l’IRGC-QF via un circuit de financement du Hezbollah » (Turkish Minute, 16 avril 2026, citant le Trésor américain).
L’OFAC précise que Moosavi avait des contacts directs avec Maduro lui-même et avait repris certains efforts de facilitation financière d’Alex Saab après l’arrestation de ce dernier en 2020 — opérant sans interruption pendant plus de cinq ans (U.S. Treasury, 15 avril 2026 ; OFAC SDN List Update).
Le 21 avril 2026, une action distincte de l’OFAC a désigné Saman Air Services Company pour son rôle dans la facilitation de livraisons d’armements et de drones depuis l’Iran vers le Venezuela, en coordination avec Conviasa — compagnie aérienne d’État vénézuélienne (Herbert Smith Freehills Kramer, 21 avril 2026).
Ces sanctions d’avril 2026 illustrent la continuité et l’adaptation de ces réseaux hybrides : ils ne disparaissent pas avec Maduro, ils se transforment.
4. Le vrai passif du Venezuela : la dette visible n’est que la partie émergée du système de prédation
La dette officielle de 150-240 milliards de dollars n’est que la partie formellement visible et négociable avec les créanciers privés. Le passif réel est structurellement plus vaste et inclut :
Détournements documentés via les mécanismes PDVSA (~83+ milliards USD selon sources primaires) :
- ~28 milliards via Petrocaribe (enquête CONNECTAS #Petrofraude, 2019)
- Au moins 10 milliards via les réseaux Albanisa/Alba Petróleos au Nicaragua et au Salvador (IBI Consultants / Atlantic Council, 2020)
- Plus de 42 milliards de patrimoine public compromis dans les cas documentés de corruption/gestion irrégulière (Transparencia Venezuela, cité par OCCRP, 2026)
- 2 milliards via la Banca Privada d’Andorra (FinCEN, 10 mars 2015)
- 1,2 milliard dans le schéma Ortega (DOJ, 31 octobre 2018)
Actifs offshore des élites du régime : Transparencia Venezuela en exil a identifié environ 3,9 milliards de dollars d’actifs (719 biens issus de 48 macro-causes 2009-2026) dans 21 pays — chiffre qualifié de « conservateur » par l’ONG, avec des centaines de biens déjà confisqués ou gelés. Les États-Unis sont en tête (335 actifs sous actions judiciaires), suivis de l’Espagne (235 biens) (BIMC Media, octobre 2025 ; OCCRP, 2026).
Passifs environnementaux et sociaux de l’extraction illégale d’or (Arc minier de l’Orénoque / Bouclier guyanais) : mercure, déforestation massive, paludisme, violence armée, travail des enfants, abus sexuels et semi-esclavage — documentés par le Crisis Group, le Global Initiative against Transnational Organized Crime (GI-TOC) et l’Atlantic Council. L’or transite via Aruba et Curaçao vers l’Europe, la Turquie et les États-Unis, avec un régime tirant racket, protection ou contrôle direct (Atlantic Council, Farah 2020 ; autorités néerlandaises à Aruba/Curaçao). Ces flux ont un impact direct sur la souveraineté européenne dans sa région ultrapériphérique guyanaise (voir section 5.2).
Créances douteuses issues de contrats étrangers corrompus : dont l’exemple emblématique du métro de Caracas (BNDES/Odebrecht) et les prêts opaques adossés au pétrole du CVJF (50+ milliards de dollars décaissés, sans mise en concurrence, avec une partie significative de projets inachevés ou défaillants).
Expropriations massives sans compensation : plus de 5 000 entreprises privées et 9 millions d’hectares de terres productives confisqués depuis 1999.
Coût humain et régional de l’exode : près de 7,9 à 8 millions de Vénézuéliens ont fui (UNHCR/R4V, données actualisées 2025-2026), constituant la plus grande crise de déplacement de l’Amérique latine.
Une restructuration qui traiterait la dette visible comme un exercice purement technique serait structurellement incomplète. Elle risquerait de légitimer implicitement des créances ou des actifs dont l’origine est directement liée au système de patronage institutionnalisé.
5. Exigences minimales pour une restructuration souveraine et crédible
Une restructuration technique de la dette vénézuélienne est nécessaire et inévitable. Mais pour qu’elle constitue une rupture réelle plutôt qu’une opération de continuité ou de blanchiment structurel, trois conditions non négociables doivent être réunies.
5.1 Traçabilité rigoureuse des flux passés
Cela implique un audit forensique indépendant et international des contrats PDVSA depuis 1999, avec identification des bénéficiaires ultimes à travers :
- Les programmes d’échanges fictifs Petrocaribe et réseaux Nicaragua/Salvador (38 milliards selon CONNECTAS + IBI Consultants/Atlantic Council).
- Les projets d’infrastructure surfacturés (42+ milliards selon Transparencia Venezuela ; 98 millions de dollars de pots-de-vin Odebrecht au Venezuela seuls, selon le DOJ).
- Les structures offshore : 2 milliards BPA/FinCEN + 1,2 milliard Ortega/DOJ + les schémas Derwick/Convit (blanchiment via Luxembourg, Suisse, Miami real estate — OCCRP/OpenLux 2021) + Evrofinance Mosnarbank (sanctionnée mars 2019 pour avoir agi comme « bouée de sauvetage » au régime).
- Les flux or-pétrole Iran-Hezbollah (OFAC 15 et 21 avril 2026 — Moosavi, Saman Air/Conviasa, circuit Mahan Air → Hezbollah Téhéran → Turquie).
- Les prêts opaques chinois adossés au pétrole (CVJF + LVLTF, 50+ milliards décaissés, avec clarification des volumes d’huile déjà livrés vs. restant dus).
Ces enquêtes doivent être menées en coordination avec les autorités judiciaires américaines (DOJ, OFAC, FinCEN), andorranes, turques, néerlandaises (Aruba/Curaçao) et espagnales (235 actifs vénézuéliens sous actions judiciaires en Espagne). Aux États-Unis, l’INRAV (Venezuela Asset Recovery Initiative) a déjà identifié environ 139 millions de dollars d’actifs sous ordre de confiscation dans le cadre de l’enquête « Money Flight » du DOJ (OCCRP, janvier 2026) — une première base insuffisante.
5.2 Coopération internationale structurée sur le démantèlement des réseaux hybrides (dont la France pour la Guyane française)
Le Cartel de los Soles n’est pas une organisation formelle unique mais un système de patronage institutionnalisé au cœur de l’État vénézuélien (superseding indictment DOJ janvier 2026). Son démantèlement ou au minimum sa neutralisation exige une coopération judiciaire et de renseignement renforcée entre États-Unis, Colombie, Brésil, Guyana, Suriname — et la France, pour la Guyane française, région ultrapériphérique européenne directement impactée.
La Guyane française subit les effets concrets de ces flux hybrides : or blanchi, narco, adaptation du Hezbollah en Amérique latine, migration et déstabilisation frontalière. Ces réseaux exploitent les asymétries juridictionnelles de la région — exactement comme documenté par l’Atlantic Council pour les routes d’or via Aruba/Curaçao. La France a un intérêt direct de souveraineté à exiger des clauses de coopération frontalière, de lutte anti-blanchiment dans la Caraïbe et de récupération d’actifs dans le cadre de sa présence guyanaise.
Les 164 enquêtes criminelles ouvertes dans 29 pays (Transparencia Venezuela) constituent une base multilatérale existante à consolider. La restructuration doit être conditionnée à des engagements vérifiables de Caracas sur : les circuits de blanchiment du Hezbollah (OFAC avril 2026) ; les flux résiduels du partenariat FARC/ELN (Atlantic Council 2020) ; la neutralisation des cellules militaires impliquées dans la protection du trafic et de l’or illégal ; et la coopération sur les créances opaques chinoises et russees. Des mécanismes existent déjà (Groupe de travail inter-agences US sur l’or, accords DEA/HSI, sanctions OFAC ciblées). Il faut les étendre et les conditionner.
5.3 Reconnaissance explicite que la dette visible n’est que la partie émergée du système de prédation
La dette de 150-240 milliards n’est que la partie formellement visible. Une restructuration crédible doit :
- Intégrer un mécanisme de restitution des biens mal acquis coordonné avec l’INRAV et les 29 pays impliqués dans des procédures judiciaires.
- Clarifier les créances douteuses issues de contrats corrompus (Odebrecht, CVJF chinois opaques, prêts fictifs via BPA, etc.) — sans légitimer implicitement des créances d’origine criminelle.
- Exiger une évaluation des passifs hybrides (or illégal, narco, environnemental) comme condition de soutenabilité financière à long terme : un Venezuela qui ne démanèle pas ces réseaux restera structurellement instable pour tout investisseur.
- Reconnaître que les actifs offshore des élites (~3,9 milliards identifiés dans 21 pays, chiffre conservateur) font partie de l’actif récupérable dans le cadre de la reconstruction.
Sans cette reconnaissance, la restructuration risque de n’être qu’une opération cosmétique sécurisant les créanciers privés (dont des fonds américains comme Morgan Stanley, Fidelity, ConocoPhillips — OilPrice.com, juin 2026) tout en permettant une reconfiguration contrôlée des réseaux qui ont vidé le pays pendant plus de deux décennies.
6. Conclusion : souveraineté financière ou reconfiguration des réseaux ?
Le mandat confié à Matthieu Pigasse et Centerview — sans processus compétitif transparent, avec quinze ans de liens assumés avec les figures clés du chavisme, une recommandation de réseaux américains non officiels, et dans le contexte d’une « Company A » française (Perenco) partie prenante des mêmes schémas de prédation — constitue une continuité plutôt qu’une rupture.
Dans un pays où l’État a été transformé en hydre criminel hybride — PDVSA comme véhicule principal de blanchiment (Atlantic Council, 2020), Cartel de los Soles comme système de patronage institutionnalisé (DOJ superseding indictment, janvier 2026), or illégal du Bouclier guyanais, swaps or-pétrole Iran-Hezbollah via Mahan Air (OFAC avril 2026), coopération militaire russe (Gazprombank, Evrofinance, armes), prêts opaques chinois adossés au pétrole (50+ milliards), et complicités brésiliennes (BNDES/Odebrecht) —, confier la restructuration à un acteur ayant accompagné ce régime pendant la phase de criminalisation systématique pose un problème fondamental de crédibilité et de souveraineté financière.
Ces réseaux ne disparaissent pas par simple changement de leadership. Ils s’adaptent — comme l’illustre précisément le fait que Moosavi ait repris les activités de facilitation financière d’Alex Saab après l’arrestation de ce dernier en 2020, opérant sans interruption pendant cinq ans supplémentaires (U.S. Treasury, 15 avril 2026). Derwick opère toujours via des structures luxembourgeoises (OCCRP/OpenLux, 2021). Les 164 enquêtes dans 29 pays progressent, mais lentement.
La phase actuelle du Venezuela sera un test décisif pour la souveraineté régionale et internationale : saura-t-on imposer la traçabilité des flux passés, la coopération internationale contre les réseaux hybrides (incluant la France pour la Guyane française), et la reconnaissance que la dette visible n’est qu’une fraction d’un système beaucoup plus vaste de prédation ? Ou assisterons-nous à une reconfiguration contrôlée des élites et des flux, dans laquelle des créanciers privés récupèrent leurs billes sur le dos d’un peuple dont l’État a été intégralement capturé pendant deux décennies — et dont les 8 millions d’exilés attendent encore un Venezuela viable ?
La souveraineté financière ne se reconstruit pas en recyclant les conseillers du passé. Elle se reconstruit en confrontant empiriquement la vérité des flux et des réseaux — au service des peuples et non des continuités d’élite.
Sources primaires et références (toutes vérifiables publiquement)
Sur le mandat Pigasse/Centerview
- Reuters / France 24 (28 mai 2026) — Déclaration de Pigasse (quinze ans, Chávez, Maduro, Delcy Rodríguez) ; absence de processus compétitif selon 8 sources ; rôle de Claver-Carone selon 7 sources.
- Eurasia Business News (27 mai 2026) — Contexte du mandat, rôle de Claver-Carone, entrée de Pigasse via Citgo.
- Wall Street Oasis (mai 2026) — Offre Lazard ($25M vs $150M+) ; critique anonyme (« le FMI n’est même pas impliqué »).
- OilPrice.com (juin 2026) — Critique structurelle, rôle de Claver-Carone, risque de deal précipité.
- Crypto Briefing (juin 2026) — $150-170 milliards, nomination sans enchère compétitive.
- Bloomberg Law (janvier 2024) — Charles Albinet et Hamouda Chekir (ex-Lazard sovereign debt team).
Sur PDVSA comme véhicule principal de blanchiment
- Atlantic Council, Douglas Farah, The Maduro Regime’s Illicit Activities: A Threat to Democracy in Venezuela and Security in Latin America (août 2020). URL : atlanticcouncil.org
- CONNECTAS, #Petrofraude (2019) — $28 milliards via Petrocaribe ; $3,7 milliards via le système de compensation ; surfacturations documentées pays par pays. URL : connectas.org/especiales/petrofraude
- International Journalists’ Network (septembre 2019) — Résumé #Petrofraude + mention sénatoriale Durbin.
- U.S. Department of Justice (DOJ), SDFL (31 octobre 2018) — Plaidoyer Ortega, $1,2 milliard de détournement, $17 millions de pots-de-vin (dont $5M pour priority loan status, $3M liés à Perenco/Company A, $2M à Gazprombank/Company B). URL : justice.gov
- Bloomberg (31 octobre 2018) — Couverture du plaidoyer Ortega.
- FCPA Stanford Enforcement Dataset — Détails condamnations (Ortega, Aqui, Frieri). URL : fcpa.stanford.edu
- infodio.com (novembre 2018 + mai 2021) — Identification Company A (Perenco) et Company B (Gazprombank) ; mémorandum de condamnation Ortega et participation Ramírez.
- FinCEN / U.S. Treasury (10 mars 2015) — Désignation de BPA, $2 milliards de transactions PDVSA. URL : fincen.gov
- Federal Register (13 mars 2015) — Notice of Finding against BPA.
- AP / KSL.com (septembre 2018) — Mise en examen andorrane de 28 personnes, $2 milliards PDVSA (2007-2012).
- OCCRP, « Behind Closed Doors » (janvier 2026) — $42 milliards compromis (Transparencia Venezuela) ; $139 millions actifs confisqués (INRAV).
- France 24, « Oil: Mother of corruption in Venezuela » (avril 2024) — Citation De Freitas ; 164 enquêtes dans 29 pays.
- BIMC Media (octobre 2025) — Inventaire Transparencia Venezuela en exil : ~3,9 milliards dans 21 pays (719 biens).
Sur Derwick Associates / bolichicos
- US DOJ — Plaidoyer Ortega (31 oct. 2018 + factual proffer) + indictment Convit Guruceaga et al. (2018).
- Transparencia Venezuela — Rapport secteur électrique (2018) et Prácticas de gobernanza (2022).
- OCCRP / OpenLux investigation (2021) — Structures Luxembourg/Suisse.
- Miami Herald (novembre 2019) ; WSJ (août 2014).
Sur Perenco / Company A
- Reuters (1er-2 novembre 2018) — Identification de Perenco comme la société française.
- Transparencia Venezuela, Prácticas de gobernanza (2022) — Mécanisme de priorité de prêts.
Sur la Russie / Gazprombank / Evrofinance
- U.S. Department of the Treasury, Press Release (11 mars 2019) — Sanctions sur Evrofinance Mosnarbank. URL : home.treasury.gov
- OFAC SDN List Update (11 mars 2019) — EO 13850, liée à PDVSA.
- CNA Report (2019) — Ventes d’armes russes (Su-30, S-300VM, usine Kalachnikov Rostec, conseillers militaires).
Sur le Brésil / BNDES / Odebrecht
- TCU Brésil / ÉPOCA (avril 2015) — Irrégularités BNDES-Odebrecht-Venezuela.
- UOL (27 mars 2018) — R$ 2,279 milliards décaissés ; travaux inachevés après 10 ans.
- ICIJ / Miami Herald (juin 2019, leaks Drousys) — >$34 millions pots-de-vin en 2014, Ligne 5 seule ; total Venezuela ≥$98 millions (DOJ).
Sur la Chine / CVJF
- Transparencia Venezuela, The China Deals (octobre 2020).
- AidData (China’s Global Loans and Grants Dataset, mises à jour 2026).
- US-China Economic and Security Review Commission (USCC) Fact Sheet (janvier 2026).
Sur les réseaux hybrides Iran-Hezbollah / Cartel des Soles
- U.S. Department of Justice, Superseding Indictment S4 11 Cr. 205 (janvier 2026). URL : justice.gov
- U.S. Department of the Treasury / OFAC (15 avril 2026) — Désignation Moosavi, ACS Trading LLC, A.C.S. Global BV, Lotus Universal LLC. URL : home.treasury.gov
- Herbert Smith Freehills Kramer (21 avril 2026) — Désignation Saman Air Services Company + Conviasa.
- Turkish Minute (16 avril 2026) — Circuit or (Mahan Air → Hezbollah Téhéran → Turquie).
- InSight Crime, « Cartel of the Suns » profile (mis à jour mai 2026).
Sur le contexte et les sanctions
- Congress.gov / CRS, « Venezuela: Overview of U.S. Sanctions Policy » (2025-2026).
- Atlantic Council (Farah, 2020) — Réseaux FARC, Iran, or illégal Bouclier guyanais.
- Transparencia Venezuela — 164 enquêtes dans 29 pays ; actifs offshore 21 pays.